La clecire est une plante dangereuse et pourtant utile. Il suffit d’une piqûre d’une de ses épines pour qu’elle diffuse son venin mortel à travers le corps de sa victime. Cependant, la sève de sa tige permet de faire de puissants baumes cicatrisants pour les plaies.
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Elle se trouve à l’orphelinat depuis maintenant six ans, dans quelques jours, elle aura vingt ans, l’âge légal de la majorité au Quendoth. Elle pourra enfin quitter ce lieu pour aller réclamer son dû, le commerce de feu sa mère, décédée de la fièvre foudroyante. Née de père inconnu, les autorités n’ont eu d’autre choix que de la placer jusqu’à sa majorité.
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– La mère généreuse te convoque dans son bureau, sœur Lamia.
La jeune fille repart en courant sans même attendre sa réponse.
Que peut bien me vouloir la mère généreuse ? se demande Lamia.
[…]
Lamia frappe en arrivant devant la porte et entre dès qu’elle y est invitée. Deux hommes se trouvent dans le bureau en compagnie de la mère généreuse qui affiche son air calme habituel. Le premier porte une armure avec le blason d’une famille de Marchands, les Dothgor.
L’homme à l’armure a tout l’air de ce qu’il est, un combattant aguerri, baraqué et à la mine peu aimable. Une énorme cicatrice lui barre l’œil droit, mais il ne semble pas en avoir perdu l’usage. Le deuxième homme est bien moins impressionnant à côté de son compagnon, pas très grand, une légère tendance à l’embonpoint ; son teint pâle donne l’impression à Lamia qu’il est sur le point de vomir.
La mère généreuse les présente comme Wulfric Iyqil et Aglebert Khupa, elle laisse Lamia seule avec eux, expliquant qu’ils ont beaucoup de choses à lui dire. Elle sort de son bureau sans adresser un regard en direction de la jeune femme, la laissant aussi perplexe qu’intriguée.
– Miss Suamu, tout d’abord je souhaite vous présenter mes sincères condoléances pour votre mère…
Lamia hoche la tête, attendant la suite et craignant le pire.
– … et pour votre père, complète-t-il.
– C’est très aimable à vous, sieur Khupa, mais je n’ai pas de père, balbutie-t-elle de plus en plus perplexe.
L’homme se racle la gorge avant de reprendre.
– C’est bien justement la raison de notre venue, au capitaine Iyqil et moi-même, fait Aglebert en lançant un coup d’œil vers son camarade qui ne semble pas enclin à lui venir en aide. Bref, poursuit-il en gonflant sa poitrine. Votre père était le Marchand Einold Dothgor, miss. Il est décédé il y a déjà quelques semaines, comme vous le savez sans doute déjà.
La jeune femme secoue la tête, elle vit un peu en recluse au sein de l’orphelinat et ne s’intéresse guère aux actualités de la cité. Elle fronce les sourcils en entendant ce que l’homme vient de lui annoncer, incapable pour le moment de réaliser l’impact de cette révélation.
Mon père ? Le Marchand Dothgor ? Impossible, songe-t-elle. Maman ne m’aurait jamais caché une telle information.
[…]
– Sachez que la maison Dothgor est dans une situation… des plus inconfortables depuis la mort du Marchand. Mais nous discuterons de tout cela une fois rentrés au domaine. La raison de notre venue aujourd’hui, vous vous en doutez, c’est pour vous demander de nous accompagner afin de prendre la suite de votre père. Nous avons discuté avec la mère généreuse, elle vous offre sa bénédiction et sait que vous êtes prête pour ce genre de défi, termine sieur Khupa visiblement essoufflé d’avoir trop parlé.
Aglebert s’éponge le front avec un mouchoir qu’il sort de sa tunique. Le deuxième homme, le soldat, ne semble pas souffrir de la chaleur ou de l’inconfort de la situation. Il se contente d’observer Lamia de son étrange regard, inégal en raison de sa cicatrice. […] Un simple mot suffirait à sceller leur destin positivement ou non. Si Lamia décide de décliner l’héritage, les employés du domaine se retrouveront à la rue du jour au lendemain avec peu de chance de décrocher un nouveau poste.
[…]
Lamia boit son verre, en essayant de réfléchir aux implications de ces révélations. […] Elle pèse le pour et le contre dans sa tête entre une vie de simple commerçante d’œuvres d’art et celle de Marchande. Une fois sûre de son choix, Lamia prend une grande inspiration en adressant une prière à sa mère. Elle pose le verre, déglutit et dit d’une voix qu’elle espère affirmée.
– J’accepte.
– Merveilleux, s’exclame le sieur Khupa en tapant dans ses mains.
– À présent, si vous me permettez, Marchande Dothgor, lance le capitaine à côté de Lamia, la faisant sursauter, nous devrions y aller. Nous avons déjà beaucoup trop tardé et je ne pourrai vous protéger correctement qu’entre les murs de la propriété. Nos ennemis épient nos moindres faits et gestes, je ne doute pas un instant qu’ils sont déjà tous au courant que nous nous trouvons ici. Nous devrons nous montrer prudents pour vous ramener au domaine.
[…]
En sortant, elle tombe sur la mère généreuse qui attend en tapant du pied, quelque peu impatiente de récupérer son bureau.
– Pardonnez-moi, ma mère, c’est qu’en vous répondant, j’ai subitement compris dans quoi je m’embarquais et je crois que l’ampleur de la tâche m’a soudain paru insurmontable.
– Oh, c’est sûr que tu risques de le regretter, et ce, plus souvent que tu ne le crois ! Mais je sais aussi que lorsque ton dieu te tend la main pour monter à bord de son bateau, tu n’as pas le droit de la refuser pour rester sur le ponton.